{"id":10,"date":"2023-05-07T22:35:31","date_gmt":"2023-05-07T20:35:31","guid":{"rendered":"http:\/\/eric-b.fr\/?p=10"},"modified":"2023-05-07T22:35:31","modified_gmt":"2023-05-07T20:35:31","slug":"chronique-dun-dommage-collateral","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/2023\/05\/07\/chronique-dun-dommage-collateral\/","title":{"rendered":"Chronique d&rsquo;un dommage collat\u00e9ral"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"justify-text\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"par\">Envie d&rsquo;\u00e9crire, mais je ne sais jamais par o\u00f9 commencer. Envie de raconter notre histoire, moi \u00ab l&rsquo;\u00e9crivaine \u00bb, moi qui ai toujours su manier les mots. Mais voil\u00e0, je n&rsquo;y arrive pas. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de lire, ou d&rsquo;\u00e9crire, ces drames indicibles, ces douleurs inexprimables&#8230; Telle une enfant capricieuse qui joue avec l&rsquo;arme de son p\u00e8re, \u00e9crire sur ce qui est au-del\u00e0 des mots. J&rsquo;\u00e9voquais cela comme on th\u00e9oriserait une partie recul\u00e9e de l&rsquo;univers ; \u00e7a existe, sans aucun doute, mais quant \u00e0 savoir exactement \u00e0 quoi \u00e7a ressemble&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"par\">Aujourd&rsquo;hui, je sais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"par\">Aujourd&rsquo;hui, je sais, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce au traumatisme des proches des victimes que l\u2019\u00c9tat a pu continuer son \u0153uvre mortif\u00e8re sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9. Parce que quand la douleur est trop forte, on se tait. On se tait pour ne pas hurler. On se tait pour ne pas s&rsquo;effondrer. On se tait parce que le moindre mouvement nous cause d&rsquo;affreuses souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"par\">  J&rsquo;ai voulu \u00e9crire et t\u00e9moigner tant de fois. Je voulais y mettre toute la force de mes mots, je voulais \u00e9crire l&rsquo;hommage que mon mari, mon amour, aurait m\u00e9rit\u00e9. Je voulais \u00e9crire un t\u00e9moignage poignant mais apolitique, impartial mais \u00e9mouvant, un t\u00e9moignage suffisamment factuel pour ne pas risquer le moindre discr\u00e9dit, un t\u00e9moignage qui frapperait enfin les esprits, les gens, et sortiraient tous ces drames de l&rsquo;indiff\u00e9rence. Je voulais qu&rsquo;on puisse lire cela sans y inscrire le moindre biais : anti-vax, complotiste, covido-sceptique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  Je r\u00e9alise petit \u00e0 petit que ce n&rsquo;est pas possible. Car, au fond, j&rsquo;ai des opinions, j&rsquo;ai des id\u00e9es, et j&rsquo;ai des \u00e9motions. Ces m\u00eames \u00e9motions qui ont bien failli me tuer. Je r\u00e9alise qu&rsquo;un t\u00e9moignage a non seulement le droit d&rsquo;\u00eatre partial, mais qu&rsquo;il doit l&rsquo;\u00eatre. Car sans \u00e9motions, sans un minimum d&rsquo;\u00e9motions, la justice elle-m\u00eame devient inhumaine, simple technicienne des lois et de leur application la plus absolue. Et il me semble qu&rsquo;un monde sans nuance est le terreau id\u00e9al du totalitarisme.<\/p>\n\n\n\n<p>  Alors oui, je t\u00e9moignerai avec mes tripes et mes convictions. Je crois que la partialit\u00e9 vaut toujours mieux que le silence. En outre, ces derni\u00e8res ne me semblent pas d\u00e9raisonnables : bien que j&rsquo;ai des opinions politiques en mati\u00e8re de sant\u00e9 publique, elles vont bien au-del\u00e0 du vaccin, et l\u00e0 n&rsquo;est pas vraiment la question. La question, c&rsquo;est la science. Je voudrais, je r\u00e9clame, un avis scientifique ind\u00e9pendant de tout conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eats sur les effets secondaires de cette vaccination de masse, et en particulier en ce qui concerne la mort de mon mari.<\/p>\n\n\n\n<p>  Mars 2020<\/p>\n\n\n\n<p>  Confinement. Comme toutes les personnes qui n&rsquo;exer\u00e7aient pas un m\u00e9tier n\u00e9cessitant absolument d&rsquo;\u00eatre maintenu, nous sommes confin\u00e9s. Je tiens \u00e0 me tenir loin des \u00e9cueils guerriers employ\u00e9s par notre pr\u00e9sident. La communication est un mensonge comme un autre, dont les m\u00e9dias se sont faits, en toute connaissance de cause car c&rsquo;est leur m\u00e9tier, les joyeux perroquets. De fait, la d\u00e9finition m\u00eame des m\u00e9tiers essentiels est rapidement devenue discutable quand des gens se sont mis \u00e0 courir apr\u00e8s un vaccin pour pouvoir retourner au restaurant ou au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>  Eric \u00e9tait conducteur de cars et r\u00e9alisait, entre autre, des lignes scolaires. En d\u00e9pit du fait qu&rsquo;il fut confin\u00e9, son m\u00e9tier \u00e9tait indispensable, en particulier dans nos campagnes !<\/p>\n\n\n\n<p>  Le confinement se passe bien. Nous sommes une famille unie, port\u00e9e par l&rsquo;amour profond que nous \u00e9prouvons l&rsquo;un pour l&rsquo;autre, et les seuls moments un peu p\u00e9nibles sont les devoirs de nos deux fils, alors en quatri\u00e8me et seconde. <br>En mai, d\u00e9confinement. \u00c7a fait du bien de pouvoir mettre le pied dehors. Mes beaux-parents en profitent pour descendre de Paris et venir en Auvergne o\u00f9 nous vivons : ce sera notre dernier moment paisible avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>  L&rsquo;\u00e9t\u00e9, masqu\u00e9s. Nous consentons \u00e0 ce petit d\u00e9sagr\u00e9ment. Les chiffres du Covid, les articles et \u2013 encore une fois \u2013 la rh\u00e9torique politique ne nous permettent pas d&rsquo;avoir une opinion tranch\u00e9e sur la question. Mettre des masques ne nous co\u00fbte pas grand chose, alors nous le faisons, m\u00eame si clairement, nous sommes tr\u00e8s loin de craindre ce virus.<\/p>\n\n\n\n<p>  L&rsquo;automne devient plus difficile. Notre fils a\u00een\u00e9 a souffert du premier confinement et d\u00e9marre l&rsquo;ann\u00e9e de premi\u00e8re avec un retard dans ses apprentissages. Tr\u00e8s vite, le syst\u00e8me de cours en \u00ab semi-pr\u00e9sentiel \u00bb, une semaine sur deux, se met en place. Ce sera une catastrophe pour ses r\u00e9sultats scolaires, ce qui le conduira \u00e0 redoubler sa premi\u00e8re. De notre c\u00f4t\u00e9, Eric et moi voulions nous r\u00e9-inscrire \u00e0 notre club de danse sur glace, mais les restrictions nous emp\u00eacheront d&rsquo;en profiter. <\/p>\n\n\n\n<p>  N\u00e9anmoins, nous essayons, comme la grande majorit\u00e9 des gens, de nous en accommoder, et nous ne remettons pas ou peu en question le discours politico-m\u00e9diatique autour du Covid. Optimiste, je reste tr\u00e8s longtemps persuad\u00e9e qu&rsquo;aucun gouvernement au monde n&rsquo;aurait quoique ce soit \u00e0 tirer de mensonges autour d&rsquo;un virus. La seule crainte que j&rsquo;\u00e9prouve, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e que les gouvernements mondiaux, et en particulier le n\u00f4tre surfant si souvent sur la th\u00e9\u00e2tralisation m\u00e9diatique, se soient un peu emball\u00e9s au sujet de ce virus et de sa l\u00e9talit\u00e9, mais que leur fiert\u00e9 et\/ou les enjeux politiques ne leur permettent pas de r\u00e9trop\u00e9daler et d&rsquo;admettre leurs torts. Pourtant, je reste assez persuad\u00e9e qu&rsquo;une population mature et \u00e9veill\u00e9e serait parfaitement encline \u00e0 accepter les erreurs de bonne foi de ses dirigeants, en particulier dans une situation aussi in\u00e9dite. Mais le r\u00eave n&rsquo;est pas la r\u00e9alit\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 est plus manich\u00e9enne que \u00e7a, et la politique est sale. Je me persuade n\u00e9anmoins que tout \u00e7a finira par passer, et qu&rsquo;apr\u00e8s tout, nous ne sommes pas les plus \u00e0 plaindre.<\/p>\n\n\n\n<p>  C&rsquo;est dans ces moments-l\u00e0 que j&rsquo;ai envie de faire une pause dans ma narration. Parce que les mots sont insuffisants pour exprimer le bonheur serein que nous nous \u00e9tions construit. Parce que j&rsquo;ai toujours cette impression que ce que j&rsquo;\u00e9cris est tr\u00e8s en-de\u00e7\u00e0 de la r\u00e9alit\u00e9 que nous vivions. Parce que j&rsquo;aurais aim\u00e9 que notre amour touche toutes les personnes qui liront ces lignes, qu&rsquo;elles y voient plus qu&rsquo;une famille moyenne, sans \u00e9clat et sans grand int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>  Pourtant, c&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment ce que nous \u00e9tions : une famille moyenne sans \u00e9clat et sans grand int\u00e9r\u00eat. Comme 90% des gens, en fait. C&rsquo;\u00e9tait notre famille \u00e0 nous, notre petit bonheur tranquille, notre amour paisible. Il serait faux, bien s\u00fbr, de pr\u00e9tendre que je n&rsquo;id\u00e9alise pas notre vie ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un biais psychologique relativement incontournable lors d&rsquo;un deuil. Toutefois, il serait tout aussi faux de faire l&rsquo;impasse sur l&rsquo;amour profond et sinc\u00e8re que nous nous portions. Nous avions 33 et 38 ans, 4 enfants, en couple depuis pr\u00e8s de 20 ans et mari\u00e9s depuis quasiment 15 ans, mais aucune routine n&rsquo;\u00e9tait venue \u00e9roder nos sentiments l&rsquo;un pour l&rsquo;autre. Nous \u00e9tions fusionnels, d\u00e9monstratifs et merveilleusement accord\u00e9s. Nous \u00e9tions de ceux qui s&rsquo;appellent, s&rsquo;envoient des messages, de ceux qui se manquent durant une journ\u00e9e de travail. Lorsque Eric rentrait, nous nous serrions longuement dans les bras, aussi tactiles l&rsquo;un que l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<p>  Bref, nous avions la chance d&rsquo;\u00eatre rest\u00e9 un \u00ab vrai \u00bb couple, en d\u00e9pit des enfants et des \u00e9preuves que la vie nous avait d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 inflig\u00e9es (notamment la perte, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 4 mois, de notre troisi\u00e8me enfant).<\/p>\n\n\n\n<p>  Cette parenth\u00e8se referm\u00e9e, revenons en au t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p>  Nous sommes en 2021. Au premier janvier, nous n&rsquo;avons pas os\u00e9 nous souhaiter bonne ann\u00e9e ; ce n&rsquo;est de toute fa\u00e7on pas une coutume que nous affectionnons, notre fille \u00e9tant morte un 31 d\u00e9cembre.<\/p>\n\n\n\n<p>  Tr\u00e8s vite, on entend parler de vaccins. Pfizer, Moderna, AstraZeneca&#8230; Des vaccins \u00e0 ARN messager, technologie que nous ne connaissions pas, comme la grande majorit\u00e9 de nos concitoyens, et que nous d\u00e9couvrions \u00e0 travers des articles de presse orient\u00e9s, des affrontements politico-scientifiques, et des messages effarants sur les r\u00e9seaux sociaux.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je ne peux pas pr\u00e9tendre que \u00e7a ne m&rsquo;inqui\u00e8te pas, en particulier apr\u00e8s la mort de ce jeune interne en m\u00e9decine apr\u00e8s l&rsquo;injection d&rsquo;une dose d&rsquo;AstraZeneca, mais je sens confus\u00e9ment que de toute fa\u00e7on, en la mati\u00e8re, notre destin risque fort de nous \u00e9chapper. Je ne suis ni pire ni meilleure qu&rsquo;une autre, et en l&rsquo;absence de sources d&rsquo;information claires, fiables, exhaustives et d\u00e9nu\u00e9es de conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, sans parler des lignes \u00e9ditoriales et des orientations politiques, j&rsquo;estime qu&rsquo;il m&rsquo;est impossible de me faire une opinion valable sur le vaccin. J&rsquo;estime alors ne pas \u00eatre en mesure de faire un choix libre et \u00e9clair\u00e9, et apr\u00e8s discussions et moult tergiversations avec Eric (o\u00f9 nous avons failli prendre rendez-vous deux fois dans un centre de vaccination, pour dire \u00e0 quel point nous n&rsquo;\u00e9tions pas contre \u00ab par principe \u00bb), nous choisissons de reporter notre d\u00e9cision apr\u00e8s nos vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>  Le 10 juillet, nous partons en Normandie. Le 11, nous f\u00eatons les 6 ans de notre petite derni\u00e8re. Ce sera le dernier anniversaire en famille. Le 12 juillet, c&rsquo;est le coup de tonnerre.<\/p>\n\n\n\n<p>   Le discours d&rsquo;Emmanuel Macron nous sid\u00e8re. Nous sommes tout d&rsquo;abord remplis de stupeur, puis rapidement, entre deux spots de propagande pro-vaccins, la col\u00e8re \u00e9merge. Nous ne sommes pas vaccin\u00e9s, alors nous ne pourrons pas aller au cin\u00e9ma voir le premier volet de Kaamelott que nous attendions depuis longtemps, ni aller dans le parc d&rsquo;attractions dans lequel nous avons coutume d&rsquo;aller chaque ann\u00e9e en famille. C&rsquo;est aga\u00e7ant, d&rsquo;autant que nous nous sentons r\u00e9ellement en besoin de divertissements, mais on a parfaitement conscience que ce n&rsquo;est pas la fin du monde. Cela n&rsquo;annihile pas nos questionnements, n&rsquo;efface pas nos h\u00e9sitations. Cela ne change rien au fait que nous nous sentons toujours dans l&rsquo;incapacit\u00e9 de faire un choix libre et \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>  Mais d&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est bien le probl\u00e8me. Le discours du pr\u00e9sident nous le dit tr\u00e8s clairement : notre choix, c&rsquo;est le cadet de ses soucis. Il ne nous demande pas de choisir, non, il nous demande d&rsquo;ob\u00e9ir. La fa\u00e7on dont nous \u2013 les \u00ab pas encore vaccin\u00e9s \u00bb \u2013 sommes trait\u00e9s, d\u00e9sign\u00e9s, est vraiment r\u00e9voltante. D&rsquo;autant plus r\u00e9voltante que jusqu&rsquo;ici, nous nous sommes pli\u00e9s \u00e0 toutes les injonctions gouvernementales, des plus folles aux plus raisonnables, suivant le sens des ministres-girouettes sur lesquels reposaient des d\u00e9cisions essentielles pour notre pays. Mais au-del\u00e0 de la r\u00e9volte, il y a autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>  Dans ma t\u00eate, une alarme s&rsquo;enclenche. Ce discours est tr\u00e8s pr\u00e9occupant, et d\u00e8s le lendemain, tandis qu&rsquo;Eric, par crainte de se voir interdit d&rsquo;exercer son m\u00e9tier \u00e0 la rentr\u00e9e, cherche des cr\u00e9neaux de vaccination disponibles, je me procure une demi-douzaine de journaux aux lignes \u00e9ditoriales vari\u00e9es, et ce afin d&rsquo;essayer de comprendre ce qui se joue.<\/p>\n\n\n\n<p>  Car en fin de compte, il m&rsquo;appara\u00eet comme assez \u00e9vident qu&rsquo;aucun chef d&rsquo;Etat ni aucun gouvernement ne peut ainsi traiter ouvertement une partie de sa population sans une raison profonde, vitale, \u00e9vidente, indiscutable. Je lis les d\u00e9tails sur le variant Delta qui s\u00e9vit alors en Inde, et les comparaisons hasardeuses des m\u00e9dias les plus s\u00e9rieux (est-ce que l&rsquo;Inde et la France ont la m\u00eame population, les m\u00eames infrastructures, les m\u00eames politiques&#8230;?). Je suis abasourdie.<\/p>\n\n\n\n<p>  Encore une fois, je me demande o\u00f9 se trouve l&rsquo;information, celle qui ne serait que factuelle, qui ne ferait ni dans le sensationnalisme, ni dans l&rsquo;alarmisme, ni dans la surench\u00e8re. Ce ne sont plus des articles de presse que je lis, mais une succession sans fin d&rsquo;\u00e9dito.<\/p>\n\n\n\n<p>  Eric, quant \u00e0 lui, trouve un cr\u00e9neau de vaccination : ce sera le 26 juillet \u00e0 11h. Nous ne le savons pas encore, mais ce jour-l\u00e0 sera le jour de sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>  Nous passons les vacances dans un \u00e9tat \u00e9trange, \u00e0 mi-chemin entre l\u00e2cher-prise et tensions. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous \u00e9loigner au maximum des informations, de la radio, et de la t\u00e9l\u00e9vision o\u00f9 les spots de propagande pour le vaccin sont si nombreux que \u00e7a en devient pavlovien. Nous nous tenons \u00e9galement \u00e9loign\u00e9s d&rsquo;internet et de ses infos hasardeuses, des r\u00e9seaux sociaux et de leurs prises de parole douteuses. Pour la premi\u00e8re fois de ma vie, je me tiens m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des discussions amicales et familiales. Je ne demande \u00e0 personne autour de moi ce qu&rsquo;il en pense, ni ce qu&rsquo;il projette de faire. Je suis emp\u00eatr\u00e9e dans un m\u00e9lange d&rsquo;angoisse, d&rsquo;ind\u00e9cision, de col\u00e8re et d&rsquo;incompr\u00e9hension assez peu propice \u00e0 la prise d&rsquo;une d\u00e9cision calme et \u00e9clair\u00e9e. De surcro\u00eet, l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 des informations coh\u00e9rentes et objectives me rend dingue. Jusqu&rsquo;au bout, je continuerai \u00e0 acheter des journaux en pagaille que je lirai compulsivement \u00e0 la recherche d&rsquo;une clef de compr\u00e9hension que jamais je ne trouverai. Je tiens, d&rsquo;ailleurs, \u00e0 pr\u00e9ciser que je ne cherchais aucune info orient\u00e9e. Je ne cherchais pas \u00e0 me convaincre que le vaccin \u00e9tait mauvais, ni qu&rsquo;il \u00e9tait bon. Je voulais comprendre ce qui poussait le gouvernement \u00e0 de tels extr\u00eames et essayer de prendre les d\u00e9cisions qui prot\u00e9geraient au mieux notre sant\u00e9 individuelle et collective.<\/p>\n\n\n\n<p>  Nous rentrons le 24 juillet apr\u00e8s avoir fait un crochet par Paris o\u00f9 nous avons pass\u00e9 une nuit chez ma m\u00e8re. Pro-vaccin, cette derni\u00e8re a d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u deux doses d&rsquo;AstraZeneca, et ma s\u0153ur et mon fr\u00e8re, 16 et 17 ans, ont eu leur premi\u00e8re dose Pfizer. Nous ne discutons du sujet que pour vanter les m\u00e9rites indiscutables de la vaccination. La sinc\u00e9rit\u00e9 de mon opinion se heurte \u00e0 ma volont\u00e9 pers\u00e9v\u00e9rante de pr\u00e9server la paix entre nous. L\u00e0 o\u00f9 ma m\u00e8re a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;avoir des certitudes, je me sens remplie de doutes que rien ne peut \u00e9clairer, et qui me terrorisent.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je crois qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de pire que de sentir cette forme si particuli\u00e8re de panique m\u00e9diatique, d&rsquo;h\u00e9sitations \u00e9tatiques, de d\u00e9cisions erratiques, de contradictions et de mensonges, de semi-v\u00e9rit\u00e9s et de cynisme, le tout noy\u00e9 dans un discours martial et accusateur, et de devoir prendre une d\u00e9cision pour sa sant\u00e9 et celle de ses enfants. Mais cela, nous l&rsquo;avons tous v\u00e9cu. Je pense m\u00eame que c&rsquo;est pour cette raison qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la question des vaccins est devenue taboue ; trop de gens ont v\u00e9cu ces jours, ces semaines, dans un brouillard m\u00e9diatique o\u00f9 leur consentement leur a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 de force d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, que ce soit par le biais du matraquage de propagande, ou par les obligations vaccinales plus ou moins officielles et plus ou moins assum\u00e9es. Ce qui se joue aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;opinion publique n&rsquo;est rien de moins que les effets d&rsquo;un choc post-traumatique de viol de consciences : votre consentement, on vous l&rsquo;a d\u00e9rob\u00e9, et il n&rsquo;y avait que deux fa\u00e7ons de r\u00e9agir \u00e0 \u00e7a ; d\u00e9fendre vos bourreaux ou affronter l&rsquo;injustice. Le combat est terriblement dur, et je ne souhaite ici porter de jugement sur personne. Nous avons toutes et tous fait du mieux que nous pouvions avec ce que nous avions entre les mains comme informations, injonctions, peurs personnelles, exp\u00e9riences, poids familial, etc&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Le matin du 26 juillet, j&rsquo;entends \u00e0 la radio que le pass sanitaire pourrait \u00eatre suspendu au 15 novembre, date \u00e0 laquelle l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence prendra fin. M\u00eame si je crains une prolongation de ce dernier, je me dis que \u00e7a vaudrait peut-\u00eatre le coup de patienter encore un peu, ne serait-ce que pour ne plus avoir l&rsquo;impression de prendre cette d\u00e9cision dans l&rsquo;urgence, dans un contexte de pression et d&rsquo;\u00e9motions exacerb\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>   Je n&rsquo;ai cependant pas le temps d&rsquo;en parler \u00e0 Eric. Nous devions nous rejoindre au centre de vaccination o\u00f9 nous avions tous les quatre rendez-vous, lui, moi et nos deux fils de 14 et 16 ans. Nous arrivons en retard et nous nous trompons d&rsquo;abord d&rsquo;endroit. A plusieurs reprises, je manque de dire \u00e0 Eric que c&rsquo;est peut-\u00eatre un \u00ab signe \u00bb qu&rsquo;il vaut mieux renoncer, y revenir plus tard. Je n&rsquo;aime pas trop ces consid\u00e9rations intuitives, et pourtant&#8230; Je n&rsquo;arrive pas \u00e0 me d\u00e9partir de la sensation que \u00ab quelque chose \u00bb cloche, que des alarmes ne sont pas entendues, et que cela aura un co\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je tiens tout de m\u00eame \u00e0 pr\u00e9ciser que les sensations que je d\u00e9cris ne sont pas exag\u00e9r\u00e9es ni influenc\u00e9e par le malheur qui a suivi. Le fait est qu&rsquo;Eric nous avait pris rendez-vous \u00e0 tous les quatre, et qu&rsquo;il fut le seul \u00e0 s&rsquo;y rendre. L., notre fils de 14 ans, fut le premier \u00e0 renoncer, pr\u00e9f\u00e9rant attendre, et S., 16 ans, plut\u00f4t scientifique et cart\u00e9sien, pourtant en besoin intense de sorties et de normalit\u00e9, y a \u00e9galement renonc\u00e9 la veille. Quant \u00e0 moi, j&rsquo;ai vraiment h\u00e9sit\u00e9 jusqu&rsquo;au dernier moment. Je me revois, assise dans ma voiture tandis qu&rsquo;Eric \u00e9tait dans le centre de vaccination. J&rsquo;essayais une derni\u00e8re fois de peser le pour et le contre ; je me r\u00e9p\u00e9tais que les quelques personnes de mon entourage qui avaient fait le vaccin n&rsquo;avaient pas eu d&rsquo;effets secondaires notables, que je n&rsquo;avais aucune raison d&rsquo;avoir peur. Pourtant, \u00e0 cet instant l\u00e0, alors que j&rsquo;h\u00e9site furieusement, je r\u00e9alise que je suis terrifi\u00e9e. Litt\u00e9ralement. Jamais de ma vie je n&rsquo;ai eu aussi peur d&rsquo;un acte m\u00e9dical. Une boule dans mon ventre g\u00eane ma respiration, j&rsquo;ai une impression funeste, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres mots.<\/p>\n\n\n\n<p>   Alors, j&rsquo;appelle Eric et je lui avoue que je ne le sens pas, que je ne le ferai pas tout de suite. Il est d\u00e9\u00e7u, je l&rsquo;entends dans sa voix, il tente de me rassurer. Mais je lui dis clairement que ce n&rsquo;est pas la piq\u00fbre qui m&rsquo;angoisse, mais les effets secondaires possibles. Je n&rsquo;avais toutefois lu \u00e0 ce sujet que des articles rassurants, de m\u00e9decins plut\u00f4t pro-vaccins, comme une fa\u00e7on de me faire ma propre petite auto-propagande et d&rsquo;\u00e9viter, justement, de ne pas y aller pour de mauvaises raisons.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je finis par m&rsquo;excuser aupr\u00e8s d&rsquo;Eric, je lui promets que je reprendrai rendez-vous, probablement \u00e0 la rentr\u00e9e. Il ne me reproche rien, me dit juste de rentrer puisqu&rsquo;il doit encore attendre un quart d&rsquo;heure, que nous nous retrouverons \u00e0 la maison. <\/p>\n\n\n\n<p>Sur le chemin du retour, je me sens mal. Je me sens nulle, l\u00e2che, idiote. Un sentiment de culpabilit\u00e9 br\u00fblant s&#8217;empare de moi \u2013 et ne me l\u00e2chera plus jamais. J&rsquo;essaye de me raisonner mais il faut dire que rien ne m&rsquo;y aide vraiment. La derni\u00e8re fois que j&rsquo;ai ressenti un tel instinct inexplicable, c&rsquo;\u00e9tait lorsque notre fille \u00e9tait hospitalis\u00e9e. On m&rsquo;avait fait sortir de la chambre quelques instants, le temps de lui poser une voie veineuse. J&rsquo;avais eu un \u00e9lan \u00e0 ce moment-l\u00e0, comme un besoin intense de lui faire un \u00ab dernier bisou \u00bb. Je m&rsquo;\u00e9tais stopp\u00e9e de justesse, me trouvant int\u00e9rieurement parfaitement ridicule. Un dernier bisou, et puis quoi encore ! Elle n&rsquo;avait qu&rsquo;une gastro et ils allaient lui poser une voie veineuse, vraiment pas de quoi commander un cercueil tout de suite ! Et pourtant&#8230; Dans les minutes qui ont suivi, son c\u0153ur s&rsquo;est brusquement arr\u00eat\u00e9 de battre. Elle est morte le lendemain, et jamais je ne lui aurai fait ce fameux dernier bisou.<br>A la maison, je ne suis pas tranquille. Je guette le retour d&rsquo;Eric, j&rsquo;ignore alors que ce sera son dernier retour \u00e0 la maison. Il arrive, pose sa feuille de vaccination sur la table. \u00ab A nos ob\u00e9issances non consenties ! \u00bb Je sais qu&rsquo;il n&rsquo;est pas satisfait, qu&rsquo;il a \u00ab renonc\u00e9 \u00bb \u00e0 quelque chose en faisant ce vaccin, qu&rsquo;il a c\u00e9d\u00e9. M\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas du genre \u00e0 s&rsquo;apitoyer sur son sort ni \u00e0 s&rsquo;attarder sur ce genre de consid\u00e9rations, le fait que je me sente aussi mal par rapport \u00e0 tout \u00e7a doit sans doute exacerber ses propres \u00e9motions.<\/p>\n\n\n\n<p>  A plusieurs reprises ce jour-l\u00e0, je lui demanderai si \u00e7a va. A chaque fois, il me r\u00e9pondra par l&rsquo;affirmative.<\/p>\n\n\n\n<p>  Vers 14h30, nous partons avec L. pour lui acheter un ordinateur, promesse de longue date pour le r\u00e9compenser de ses excellents r\u00e9sultats scolaires. Juste avant de partir, je me suis assise pr\u00e8s d&rsquo;Eric qui se reposait sur le canap\u00e9 en attendant son service du soir. Je lui ai caress\u00e9 le visage et m&rsquo;appr\u00eatais \u00e0 lui demander si \u00e7a allait, il m&rsquo;a devanc\u00e9e dans un sourire : \u00ab \u00e7a va, t&rsquo;inqui\u00e8te pas ! \u00bb Je me suis excus\u00e9e, avouant que je risquais de lui demander \u00e7a toutes les demi-heures durant les trois prochains jours ! Je l&rsquo;enquiquinais un peu avec ma trouille des effets secondaires, mais c&rsquo;\u00e9tait plus fort que moi. Il m&rsquo;a alors prise dans ses bras.  \u00ab Un petit c\u00e2lin&#8230; \u00bb Je me suis \u00e9chapp\u00e9e de son \u00e9treinte et je suis partie en lui lan\u00e7ant un \u00ab plus tard ! \u00bb d\u00e9sinvolte. J&rsquo;\u00e9tais si s\u00fbre de notre \u00e9ternit\u00e9&#8230; Je ne sais m\u00eame plus si je l&rsquo;ai embrass\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0&#8230; Je ne me souviens plus de notre dernier baiser.<\/p>\n\n\n\n<p>  Nous avons achet\u00e9 le fameux ordinateur que L. a laiss\u00e9 sous emballage ; il voulait le d\u00e9baller et le configurer avec son p\u00e8re le soir m\u00eame. Eric m&rsquo;avait dit qu&rsquo;il rentrerait entre 18h et 18h30, je me souviens avoir regard\u00e9 l&rsquo;heure vers 18h15 et m&rsquo;\u00eatre dit que ce serait donc plut\u00f4t la demie. Je n&rsquo;\u00e9tais pas inqui\u00e8te, j&rsquo;\u00e9tais habitu\u00e9e aux horaires variables.<\/p>\n\n\n\n<p>  Et pourtant&#8230; ils ont d\u00fb arriver environ cinq minutes apr\u00e8s que j&rsquo;ai regard\u00e9 l&rsquo;heure, et que je me sois fait cette r\u00e9flexion anodine. Ils ont toqu\u00e9 discr\u00e8tement, si bien que m\u00eame notre chienne n&rsquo;a pas aboy\u00e9, elle qui aboie d\u00e8s que quelqu&rsquo;un passe dans notre rue. C&rsquo;est moi qui ai relev\u00e9 la t\u00eate. \u00ab On a frapp\u00e9 l\u00e0, non&nbsp;? \u00bb L. est sorti sur le balcon pour v\u00e9rifier. Il est rentr\u00e9 avec la bouille un peu ferm\u00e9e. \u00ab Maman, c&rsquo;est pour toi. C&rsquo;est les gendarmes&#8230; \u00bb Je suis sortie \u00e0 mon tour. L\u00e0 encore, je n&rsquo;avais pas peur. Ils \u00e9taient deux, masqu\u00e9s, et il y avait une dame du conseil municipal que je connaissais de loin avec eux. J&rsquo;ai tout de suite pens\u00e9 \u00e0 un truc basique : peut-\u00eatre que ma voiture \u00e9tait mal gar\u00e9e et g\u00eanait, peut-\u00eatre qu&rsquo;un voisin s&rsquo;\u00e9tait plaint de quelque chose, peut-\u00eatre qu&rsquo;il y avait des cambriolages dans le coin et qu&rsquo;ils venaient faire de la p\u00e9dagogie, peut-\u00eatre qu&rsquo;il \u00e9tait arriv\u00e9 quelque chose \u00e0 quelqu&rsquo;un et qu&rsquo;ils faisaient une enqu\u00eate de voisinage. Tant de raisons&#8230; Ils m&rsquo;ont demand\u00e9 de descendre.<\/p>\n\n\n\n<p>   Lorsque je leur ai ouvert, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir peur. Ils m&rsquo;ont demand\u00e9 si j&rsquo;\u00e9tais bien Elisabeth B. Oui. Est-ce qu&rsquo;il y aurait un endroit o\u00f9 on pourrait parler au calme&nbsp;? Sans les enfants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>   Pourquoi sans les enfants, bon sang&nbsp;? Vous ne voulez pas me dire ce qu&rsquo;il y a&nbsp;? Non&nbsp;? Pfff, bon, je vais les faire monter&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  Je me plie \u00e0 leur demande parce qu&rsquo;ils sont flics, pas parce que j&rsquo;ai peur. Je trouve qu&rsquo;ils font bien des mani\u00e8res&#8230; Pourtant au fond de moi, une boule s&rsquo;est form\u00e9e dans mon ventre, la m\u00eame que ce matin. Comme si mon corps avait compris avant moi. Je remonte. Je souris aux enfants, leur demande de monter. Ils le font sans discuter. Je ne sais pas du tout s&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 inquiets ou pas. Des histoires de voisinage, dans notre village, il y en avait largement assez pour qu&rsquo;ils ne pensent pas \u00e0 un drame tout de suite. J&rsquo;ai referm\u00e9 la porte du salon, je suis redescendue chercher les gendarmes et la dame de la mairie. Je les ai fait entrer.<\/p>\n\n\n\n<p>   Je n&rsquo;ai jamais aim\u00e9 faire entrer des gens chez moi. J&rsquo;ai toujours l&rsquo;impression que ma maison n&rsquo;est pas assez bien rang\u00e9e, pas assez propre. Toujours cette sensation d&#8217;empi\u00e9tement sur mon territoire&#8230; En montant les escaliers, je leur demande s&rsquo;ils souhaitent que je mette un masque. L&rsquo;un des gendarmes me r\u00e9pond que ce ne sera pas la peine. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir peur. Il y avait trop de sollicitude dans leur attitude&#8230; Ils n&rsquo;\u00e9taient pas l\u00e0 pour me reprocher quelque chose, c&rsquo;est devenu imm\u00e9diatement clair. Ce qu&rsquo;ils pouvaient m&rsquo;annoncer, je ne peux pas dire que je n&rsquo;en avais pas d&rsquo;id\u00e9e, mais je ne l&rsquo;envisageais pas encore. Non. \u00c7a n&rsquo;\u00e9tait pas possible, point.<\/p>\n\n\n\n<p>   Dans la cuisine, ils ont h\u00e9sit\u00e9. \u00ab Les enfants sont en haut&nbsp;? \u00bb \u00ab Oui. \u00bb \u00ab Ils ne peuvent pas nous entendre&nbsp;? \u00bb \u00ab Non, d\u00eetes-moi ce qui ne va pas. \u00bb \u00ab Asseyez-vous, madame. \u00bb \u00ab Non, je pr\u00e9f\u00e8re rester debout. D\u00eetes-moi. \u00bb \u00ab Asseyez-vous, je vous assure. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>   Je pense que quand je me suis assise, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 les larmes aux yeux. Pourtant, je l&rsquo;ai fait dans un mouvement agac\u00e9, leur jetant un \u00ab voil\u00e0 ! \u00bb frondeur, comme pour cacher ma peur.<\/p>\n\n\n\n<p>   Ils se sont entre-regard\u00e9s. Il y a peut-\u00eatre eu quelques secondes de silence. Avaient-ils pr\u00e9par\u00e9 quelque chose&nbsp;? Sans doute. Peut-\u00eatre y avait-il un gars exp\u00e9riment\u00e9 et un gars plus jeune. L&rsquo;un devait parler en premier, l&rsquo;autre soutenir. Je ne sais pas. Je sais juste qu&rsquo;aux premiers mots prononc\u00e9s, j&rsquo;ai su que tout \u00e9tait termin\u00e9. <br>\u00ab Votre mari s&rsquo;appelle bien Eric B.&nbsp;? \u00bb<br>\u00ab Oui&#8230; \u00bb<br>\u00ab Il a fait un malaise cardiaque au volant de son car&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>  Je n&rsquo;ai pas entendu la suite. Je me suis recroquevill\u00e9e sur moi-m\u00eame, secouant la t\u00eate et r\u00e9p\u00e9tant \u00ab non, non, non, non ! \u00bb Je ne pouvais plus dire ou penser autre chose. Pour le coup, je pleurais franchement. Je ne faisais plus la frondeuse. Et je comprenais pourquoi ils avaient insist\u00e9 pour que je m&rsquo;assois. La douleur est aussi physique que mentale. Je suis d\u00e9chir\u00e9e, je suis bless\u00e9e \u00e0 mort, tout mon corps tremble. J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 compris. Je sais que s&rsquo;ils sont l\u00e0, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas en train d&rsquo;\u00eatre soign\u00e9. S&rsquo;ils sont l\u00e0, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;espoir. C&rsquo;est qu&rsquo;ils ont constat\u00e9 sa mort. Les gendarmes poursuivent.<\/p>\n\n\n\n<p>   \u00ab Il a gar\u00e9 son car, a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 par ses coll\u00e8gues qui ont appel\u00e9 les pompiers, le Samu, mais il n&rsquo;a pas pu \u00eatre r\u00e9anim\u00e9. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>  J&rsquo;aurais voulu qu&rsquo;ils se taisent. Ils se trompent forc\u00e9ment. Eric \u00e9tait en parfaite sant\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait un sportif, un homme robuste, fort, jamais malade. Il \u00e9tait mon pilier, mon roc, mon phare dans la temp\u00eate. Il ne peut pas s&rsquo;effondrer, il ne peut pas mourir. Ce qu&rsquo;ils me disent n&rsquo;a aucun sens. Je me sens comme jet\u00e9e dans le vide, un vide absolu, un oc\u00e9an sombre et furieux qui m&rsquo;engloutit. Rien n&rsquo;a de sens, le ciel et la terre ne sont plus au bon endroit, le soleil est froid et sombre, la nuit ne s&rsquo;arr\u00eatera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je ne me souviens plus des d\u00e9tails, ma lucidit\u00e9 s&rsquo;est mise en veille \u00e0 certains moments, revenant par \u00e0-coups, comme une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de mon cerveau de ne pas tout l\u00e2cher. La seule chose qui me maintenait un tout petit peu \u00e0 flots, c&rsquo;\u00e9taient mes enfants. Je me souviens alors m&rsquo;\u00eatre lev\u00e9e pour aller v\u00e9rifier qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient pas redescendus. Je ne voulais surtout pas qu&rsquo;ils entendent quoi que ce soit qui aurait pu les traumatiser. Je commen\u00e7ais \u00e0 prendre conscience qu&rsquo;ils allaient l&rsquo;\u00eatre bien assez. Penser \u00e0 eux m&rsquo;obligeait \u00e0 rationaliser \u00e0 nouveau, \u00e0 faire taire l&rsquo;animal bless\u00e9 qui hurlait \u00e0 la mort \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de moi. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que la vaccination m&rsquo;est revenue en t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>  J&rsquo;ai regard\u00e9 les gendarmes et je me suis \u00e9cri\u00e9 : \u00ab il venait de se faire vacciner ! Ce matin m\u00eame ! \u00bb Les \u00e9motions n&rsquo;\u00e9taient pas tr\u00e8s lisibles sur leurs visages, en partie \u00e0 cause des masques, en partie parce que je pleurais tellement que je n&rsquo;y voyais plus rien. Pourtant, je me souviens clairement que c&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j&rsquo;ai acquis la certitude que la mort d&rsquo;Eric avait \u00e9t\u00e9 caus\u00e9e par ce putain de vaccin. Une certitude visc\u00e9rale, instinctive, une \u00e9vidence fulgurante qui ne m&rsquo;a plus jamais quitt\u00e9e. Pas plus que la certitude absolue que rien ne serait jamais prouv\u00e9, qu&rsquo;aucune main tendue ne viendrait des d\u00e9cideurs, ni m\u00eame des personnes cens\u00e9es assurer la veille sanitaire. Comme pour l&rsquo;intuition qui m&rsquo;avait pouss\u00e9e \u00e0 ne pas y aller, ce que je ressentais \u00e9tait \u2013 et est toujours \u2013 inexplicable. Pourtant, j&rsquo;ai la conviction chevill\u00e9e au corps que c&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>  Et de fait&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Les gendarmes sont rapidement partis. Je me souviens m&rsquo;\u00eatre sentie choqu\u00e9e en les entendant dire \u00ab bon ben on va y aller, nous \u00bb. J&rsquo;avais envie de leur demander s&rsquo;ils se fichaient de moi. Envie de les supplier encore. Envie qu&rsquo;ils me rendent mon mari. J&rsquo;ai demand\u00e9 si je pourrais le voir, ils m&rsquo;ont r\u00e9pondu que oui, il n&rsquo;y avait pas de raison. Ils m&rsquo;ont donn\u00e9 des num\u00e9ros, des noms. Je ne sais plus par quel miracle je les ai not\u00e9s. Peut-\u00eatre avaient-ils pris la pr\u00e9caution de les noter pour moi. Je ne sais plus.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je me suis retrouv\u00e9e dans ma cuisine, sur la chaise rafistol\u00e9e sur laquelle Eric s&rsquo;asseyait toujours, effondr\u00e9e. La dame de la mairie \u00e9tait toujours l\u00e0. Elle me proposa de l&rsquo;eau, de prendre en charge mes enfants, de ceci, de cela. Je ne voulais rien d&rsquo;elle. Je n&rsquo;\u00e9tais pas capable de recevoir quoi que ce soit dans cet instant. J&rsquo;ai fini par lui dire qu&rsquo;il fallait que je l&rsquo;annonce \u00e0 mes enfants, que j&rsquo;allais me d\u00e9brouiller. Je voyais qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e9mue, qu&rsquo;elle \u00e9tait sinc\u00e8re. Mais moi, j&rsquo;\u00e9tais trop \u00e9tourdie de douleur pour recevoir son \u00e9motion. Tout bouillonnait en moi. L&rsquo;heure avan\u00e7ait. Eric ne rentrait pas. Il n&rsquo;appelait pas. Il \u00e9tait mort. L&rsquo;\u00e9vidence se faisait une place dans ma t\u00eate en d\u00e9pit de tout mes efforts pour la repousser. Lui qui m&rsquo;appelait toujours pour des broutilles. \u00ab Je pars du d\u00e9p\u00f4t, ma puce, j&rsquo;arrive dans vingt minutes \u00bb. \u00ab Je suis \u00e0 Plauzat, \u00e0 tout de suite ! Je t&rsquo;aime. \u00bb Le nombre de fois o\u00f9 je lui ai dit de m&rsquo;appeler plut\u00f4t pour me pr\u00e9venir de ses retards&#8230; Le nombre de fois o\u00f9 j&rsquo;ai r\u00e2l\u00e9 pour des trucs anodins, pour le simple plaisir de r\u00e2ler. Le nombre de fois o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9chauff\u00e9e par ses appels inutiles&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Il n&rsquo;appelait pas. Et curieusement, je n&rsquo;ai \u00e0 aucun moment eu le r\u00e9flexe d&rsquo;appeler sur son portable. Encore une fois, j&rsquo;avais beau \u00e9prouver un d\u00e9ni puissant, une volont\u00e9 que tout \u00e7a ne soit qu&rsquo;un affreux cauchemar, j&rsquo;ai tout de suite su que c&rsquo;\u00e9tait vrai, et qu&rsquo;il serait inutile d&rsquo;essayer de contourner l&rsquo;in\u00e9luctable. Peut-\u00eatre parce que j&rsquo;avais, en la mati\u00e8re, une exp\u00e9rience dont les cicatrices \u00e9taient \u00e0 peine referm\u00e9es&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   La dame de la mairie est partie. Je me suis retrouv\u00e9e seule, avec mes petits poussins l\u00e0-haut qui attendaient de savoir \u00e0 quelle sauce ils allaient \u00eatre d\u00e9vor\u00e9s. Je pensais \u00e0 ma s\u0153ur, elle aussi orpheline de p\u00e8re, qui passait quelques jours avec nous (elle \u00e9tait arriv\u00e9e la veille !). Je pensais \u00e0 ce qu&rsquo;elle allait subir, revivre. Cela ajoutait \u00e0 ma certitude qu&rsquo;Eric \u00e9tait mort. Il se serait battu bec et ongles pour nous tous, et la pr\u00e9sence de ma s\u0153ur lui offrait un moteur suppl\u00e9mentaire. Jamais il n&rsquo;aurait fait quoi que ce soit qui puisse la blesser, la bousculer. Des fois, je me dis qu&rsquo;il doit \u00eatre sacr\u00e9ment en col\u00e8re, sacr\u00e9ment malheureux, rien qu&rsquo;\u00e0 songer \u00e0 ce qu&rsquo;il nous a oblig\u00e9 \u00e0 traverser malgr\u00e9 lui. Il doit en \u00eatre mortifi\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   J&rsquo;ai appel\u00e9 ma m\u00e8re. R\u00e9flexe de petite fille, sans doute. Je savais qu&rsquo;elle ne pourrait pas grand-chose pour moi, puisqu&rsquo;elle vit \u00e0 Paris, mais il fallait que je lui dise, que je lui parle. Il fallait que je ne sois plus totalement seule, que quelqu&rsquo;un de proche le sache. Et puis&#8230; peut-\u00eatre que tout au fond de moi, il y avait un petit espoir pu\u00e9ril qui envisageait une possibilit\u00e9 de r\u00e9paration. Ma m\u00e8re allait pouvoir m&rsquo;expliquer comment le retrouver, le revoir. M&rsquo;expliquer que tout \u00e7a n&rsquo;\u00e9tait pas possible. Apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;\u00e9tait PAS possible, n&rsquo;est-ce pas&nbsp;?!<\/p>\n\n\n\n<p>   Je ne me souviens plus de tous les d\u00e9tails. Je me souviens avoir eu conscience que ma voix \u00e9tait trop modifi\u00e9e pour que ma m\u00e8re ne comprenne pas imm\u00e9diatement qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose de grave. Mon premier r\u00e9flexe a \u00e9t\u00e9 de la rassurer vis-\u00e0-vis de ma petite s\u0153ur, F. Non, il ne lui \u00e9tait rien arriv\u00e9. Puis il a fallu que je l\u00e2che les mots. Que je dise l&rsquo;indicible. Eric a fait un arr\u00eat cardiaque au volant de son car. Eric est mort. J&rsquo;ai entendu le choc dans la voix de ma m\u00e8re, dans sa respiration. J&rsquo;ai m\u00eame eu peur, bri\u00e8vement, qu&rsquo;elle fasse un malaise. Elle a \u00e9t\u00e9, avec les gendarmes, l&rsquo;un des premiers miroirs de ma trag\u00e9die. Ces larmes ext\u00e9rieures qui font comprendre que ce qui se passe est gravissime. Qui font comprendre que l\u00e0, oui, je suis bless\u00e9e \u00e0 mort. Qu&rsquo;en fait, une partie de moi vient de mourir litt\u00e9ralement. Notre avenir ensemble, nos projets, nos souvenirs, notre vie de famille&#8230; tout a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9, emport\u00e9 par cette vague immonde, ce tsunami absurde. Fort heureusement, j&rsquo;ignorais \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&rsquo;en plus du deuil m&rsquo;attendaient encore l&rsquo;injustice, le cynisme, le d\u00e9nigrement et l&rsquo;indiff\u00e9rence&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  Je me souviens avoir raccroch\u00e9 avec elle parce qu&rsquo;il fallait que je m&rsquo;occupe des enfants. Les grands allaient se douter de quelque chose ; il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 bien trop de temps. Je ne voulais pas les laisser dans l&rsquo;expectative. Je savais qu&rsquo;ils allaient souffrir, que \u00e7a allait \u00eatre un terrible choc pour eux, alors il fallait que j&rsquo;att\u00e9nue au maximum de mes possibilit\u00e9s tout ce qui pouvait leur faire du mal. J&rsquo;ai fini par raccrocher avec ma m\u00e8re. J&rsquo;ai respir\u00e9 un grand coup, me suis vaguement rafra\u00eechie les yeux, le visage \u00e0 l&rsquo;eau froide. Je savais que \u00e7a ne servirait pas \u00e0 grand chose : mes larmes n&rsquo;avaient de cesse de couler quoique je fasse. Peu importe. Je n&rsquo;allais de toute fa\u00e7on pas leur cacher ma peine. Au contraire, je savais que j&rsquo;allais moi aussi \u00eatre leur miroir. Leur autorisation \u00e0 la tristesse, leur outil de compr\u00e9hension. C&rsquo;est si compliqu\u00e9 de comprendre et d&rsquo;int\u00e9grer la mort, en particulier lorsqu&rsquo;elle est si soudaine et inattendue. Si improbable.<\/p>\n\n\n\n<p>  J&rsquo;ai ouvert la porte du salon. Tout \u00e9tait encore l\u00e0. L&rsquo;ordinateur s&rsquo;\u00e9tait mis en veille, mais le canap\u00e9 \u00e9tait d\u00e9fait, mon portable pos\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 si peu de temps plus t\u00f4t, nous \u00e9tions simplement heureux, sereins, en famille, \u00e0 regarder une com\u00e9die musicale en attendant qu&rsquo;il rentre du travail. Tout aurait d\u00fb \u00eatre simple, calme et joyeux, comme l&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 notre vie depuis des ann\u00e9es. Eric et moi, nous nous aimions dans la temp\u00eate, je disais souvent \u00e7a. Nous parvenions, sans que je ne m&rsquo;explique vraiment comment, \u00e0 transformer les \u00e9preuves en moments de calme, de tendresse, de douceur. Certes, notre vie \u00e9tait certainement banale et routini\u00e8re \u00e0 pleurer. Mais nous y \u00e9tions heureux, comme dans un cocon douillet, et rien n&rsquo;\u00e9tait plus pr\u00e9cieux \u00e0 nos yeux. Si j&rsquo;avais eu le moindre espoir de pouvoir r\u00e9cup\u00e9rer ce cocon et cette routine, je me serais battue jusqu&rsquo;au bout de ma vie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  J&rsquo;ai ouvert la porte des escaliers, je n&rsquo;ai pas vraiment eu \u00e0 appeler les enfants : L. \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 presque en bas. Je le savais inquiet, mais je savais aussi, \u00e0 son attitude, qu&rsquo;il ne se doutait pas un instant de l&rsquo;horreur qui venait de nous frapper, de ce que j&rsquo;allais devoir lui annoncer. Comment aurait-il pu&nbsp;? Son papa, c&rsquo;\u00e9tait le plus fort du monde&#8230; M\u00eame \u00e0 14 ans. Comment quoi que ce soit pouvait le mettre \u00e0 terre&nbsp;? Comment quoi que ce soit pouvait nous l&rsquo;enlever aussi brutalement, aussi soudainement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>   Je leur ai demand\u00e9 de venir s&rsquo;asseoir. Je baissais les yeux. Je me sentais honteuse, immens\u00e9ment coupable, je ne voulais pas qu&rsquo;ils voient mes larmes tout de suite, qu&rsquo;ils comprennent. Je pouvais presque sentir leur peur, cette boule dans leur ventre, leurs yeux agrandis lorsqu&rsquo;ils me regardaient, assis par terre en cercle autour de moi. Jamais encore ils ne m&rsquo;avaient vue comme \u00e7a, aussi d\u00e9bordante de souffrance, incapable de contenir ma douleur, mes larmes. Jamais encore ils ne m&rsquo;avaient entendue parler avec ces sanglots l\u00e0 \u00e9touffant ma voix, tremblante et balbutiante. Je le sais que je leur fais peur, qu&rsquo;ils \u00ab sentent \u00bb ce qui vient. Aussi, je d\u00e9cide de ne pas tra\u00eener. De leur annoncer un peu comme on enl\u00e8ve un sparadrap. Leur dire vite, avec des mots clairs, sans fioritures, mais calmement et en articulant bien, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;incompr\u00e9hension, rien qui subsiste, aucun doute. Ensuite viendraient les larmes, les consolations. Mais d&rsquo;abord, il faut que le couperet tombe, et plus il tombera lentement, plus le trauma s&rsquo;inscrira en eux. Je n&rsquo;ai jamais \u00e9tudi\u00e9 la psycho, mais c&rsquo;est une certitude instinctive que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 ce moment-l\u00e0. Je ne sais pas si j&rsquo;ai bien fait, mais c&rsquo;est ainsi que je l&rsquo;ai fait. Dans ces moments-l\u00e0, on est si seul, on n&rsquo;a pas vraiment le temps de potasser les articles ou les podcasts&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Je ne sais plus quels ont \u00e9t\u00e9 mes mots exacts. J&rsquo;ai commenc\u00e9 par leur dire que papa avait fait un malaise cardiaque au volant de son car. Puis j&rsquo;ai dit qu&rsquo;il \u00e9tait mort. J&rsquo;ai d\u00fb ajouter que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9e. Car oui, encore aujourd&rsquo;hui, je suis intens\u00e9ment d\u00e9sol\u00e9e pour eux. Non que je me sente coupable, mais je suis d\u00e9sol\u00e9e comme on peut l&rsquo;\u00eatre quand quelqu&rsquo;un de proche ou moins proche subit un drame. C&rsquo;est une d\u00e9solation empathique, quelque chose de profond\u00e9ment connect\u00e9, humain. D&rsquo;\u00e2me \u00e0 \u00e2me, j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9e pour leur souffrance autant que pour la mienne. De m\u00eame, je suis tellement d\u00e9sol\u00e9e pour Eric dont la vie s&rsquo;est si subitement arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>   Les grands ont pleur\u00e9 tout de suite. Je les ai pris dans mes bras. F. aussi pleurait, bien s\u00fbr, et pour elle aussi, bon sang, comme j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9e. Qu&rsquo;elle revive \u00e7a. Qu&rsquo;elle entende encore ces mots \u00ab papa est mort. \u00bb Pourquoi&nbsp;? Pourquoi a-t-il fallu qu&rsquo;elle r\u00e9-entende ces mots-l\u00e0&nbsp;?! Ce jour-l\u00e0, nous avions cinq enfants, nous \u00e0 qui il en avait toujours manqu\u00e9 un. Et elle avait un papa, elle qui en avait toujours cherch\u00e9 un. Et ce jour-l\u00e0, nous vivions ce drame comme si notre famille avait toujours \u00e9t\u00e9 ainsi. On peut me parler de co\u00efncidence, mais j&rsquo;ai toujours eu beaucoup de mal avec ce concept&#8230; Surtout lorsqu&rsquo;il est aussi poignant, aussi invraisemblable, aussi incroyable.<\/p>\n\n\n\n<p>  Les deux petites se sont mises \u00e0 pleurer un peu \u00e0 rebours, lorsqu&rsquo;elles ont re\u00e7u la puissance de nos \u00e9motions en pleine figure. Je sais qu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0, elles n&rsquo;avaient pas encore compris. Je sais qu&rsquo;elles ont pleur\u00e9 uniquement parce qu&rsquo;elles ont vu ce fameux miroir. Parce qu&rsquo;elles ont compris en nous voyant qu&rsquo;il se passait quelque chose de trop grave, bien trop grave pour elles, pour leurs capacit\u00e9s de compr\u00e9hension. Nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 pleurer tous ensemble. Le malheur qui nous a \u00e9treint \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e9tait indescriptible. Je n&rsquo;ai pas souvenir, de ma vie, d&rsquo;avoir souffert autant. Si \u00e0 ce moment, mon c\u0153ur s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 de battre, cela ne m&rsquo;aurait absolument pas surprise. Il me semblait m\u00eame que le fait qu&rsquo;il continue de battre relevait beaucoup plus du miracle que de la logique. Encore aujourd&rsquo;hui, lorsque j&rsquo;\u00e9cris ces lignes, alors que \u00e7a fait pr\u00e8s de deux ans qu&rsquo;il est mort, je ne comprends toujours pas. Comment nos corps peuvent \u00eatre si r\u00e9sistants, comment on peut continuer \u00e0 respirer apr\u00e8s un tel drame, comment la vie peut se poursuivre malgr\u00e9 tout. C&rsquo;est une aberration inexplicable \u00e0 mes yeux, et je n&rsquo;en ai rien \u00e0 foutre des gens qui me diront que la vie est toujours plus forte, qu&rsquo;il y a encore de belles choses \u00e0 vivre, ou le pire de tous, que rien n&rsquo;arrive par hasard. La seule et unique petite explication que je supporte vaguement, c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e de ne pas m&rsquo;\u00eatre arr\u00eat\u00e9e de vivre pour que mes enfants ne deviennent pas r\u00e9solument orphelins. Parce que je ne pouvais pas les abandonner froidement. Voil\u00e0 l&rsquo;unique raison de ma pr\u00e9sence dans ce monde aujourd&rsquo;hui. La seule et unique raison. Il n&rsquo;y en a aucune autre.<\/p>\n\n\n\n<p>  Le reste de cette journ\u00e9e maudite est globalement flou. Tout s&rsquo;est encha\u00een\u00e9 tr\u00e8s vite une fois que les enfants ont \u00e9t\u00e9 au courant. J&rsquo;ai appel\u00e9 A., la cousine \u00e9loign\u00e9e d&rsquo;Eric, que les gar\u00e7ons connaissaient tr\u00e8s bien. Il fallait que je la pr\u00e9vienne, et j&rsquo;esp\u00e9rais un peu que sa pr\u00e9sence pourrait soulager mes gars. Puis j&rsquo;ai appel\u00e9 le 15 pour parler au docteur qui s&rsquo;\u00e9tait occup\u00e9 d&rsquo;Eric. Je me suis heurt\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re aberration du syst\u00e8me. Lorsque je lui ai parl\u00e9 de la vaccination qu&rsquo;il avait subi cinq heures avant sa mort, elle m&rsquo;a r\u00e9torqu\u00e9 imm\u00e9diatement et tr\u00e8s s\u00fbre d&rsquo;elle que \u00e7a n&rsquo;avait rien \u00e0 voir. \u00ab Vous savez madame, des accidents cardiaques, il en arrive tous les jours malheureusement. En plus, on a trouv\u00e9 du tabac avec lui, il fumait. C&rsquo;est la clope, \u00e7a. \u00c7a peut tuer des gens tr\u00e8s jeunes. Et puis il \u00e9tait chauffeur de car, c&rsquo;est un boulot tr\u00e8s s\u00e9dentaire. Tout \u00e7a, \u00e7a tire sur le c\u0153ur. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>  Moi qui suis quelqu&rsquo;un de globalement tr\u00e8s discr\u00e8te, \u00e0 ne pas savoir trop entrer en conflit avec les gens, j&rsquo;ai trouv\u00e9 ce jour-l\u00e0 un courage inesp\u00e9r\u00e9. Je ne pouvais de toute fa\u00e7on pas laisser passer \u00e7a. J&rsquo;ai donc insist\u00e9. \u00ab Pardon, mais il fumait tr\u00e8s tr\u00e8s peu, et certes chauffeur de car est un m\u00e9tier s\u00e9dentaire, mais il n&rsquo;avait que trente-huit ans. Il n&rsquo;\u00e9tait pas en surpoids, il faisait du sport par ailleurs, il n&rsquo;a jamais eu de sympt\u00f4mes ou de signes de fatigue cardiaque, rien. En revanche, il s&rsquo;est fait vacciner par un produit sur lequel on a peu de chiffres et peu de recul. Je pensais qu&rsquo;il y avait une veille sanitaire, des remont\u00e9es de pharmacovigilance, quelque chose. \u00bb Elle a alors consenti \u00e0 signaler sa vaccination sur son dossier. A l&rsquo;origine, il ne devait pas y avoir d&rsquo;autopsie, elle avait commenc\u00e9 par me dire que si j&rsquo;en voulais une (genre, on veut une autopsie&#8230;!), ce serait \u00e0 mes frais ! Je n&rsquo;avais \u00e9videmment aucune id\u00e9e du co\u00fbt d&rsquo;une autopsie, mais je devinais d&rsquo;avance que \u00e7a n&rsquo;allait pas \u00eatre gratuit. Juste avant de raccrocher, elle m&rsquo;a dit que ce n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment dans mon int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;elle signale la vaccination de mon mari car alors le procureur risquait de bloquer le corps et de m&#8217;emp\u00eacher de le voir. Je n&rsquo;en revenais pas de ces tentatives d&rsquo;intimidation tellement basses, tellement ignobles et indignes. C&rsquo;\u00e9tait r\u00e9pugnant. J&rsquo;ai insist\u00e9, s\u00fbre de moi. Elle a donc signal\u00e9 la vaccination, le procureur s&rsquo;est auto-saisi, a pos\u00e9 un obstacle m\u00e9dico-l\u00e9gal, et a ordonn\u00e9 une autopsie. En attendant sa r\u00e9alisation, effectivement, je n&rsquo;ai pas eu le droit de le voir.<\/p>\n\n\n\n<p>   Par manque de places ou manque de disponibilit\u00e9s (mourir un 26 juillet, c&rsquo;est sans doute l&rsquo;un des pires moments avec No\u00ebl), l&rsquo;autopsie n&rsquo;a pu avoir lieu que le vendredi suivant, soit quatre jours apr\u00e8s sa mort. Une fois faite, j&rsquo;ai voulu proc\u00e9der \u00e0 un changement de pompes fun\u00e8bres, car celles qui avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9es par les gendarmes \u00e9taient tr\u00e8s peu professionnelles. Il m&rsquo;a fallu un temps fou pour r\u00e9cup\u00e9rer ses effets personnels et tout, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre, a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 avec eux. De fait, je n&rsquo;ai pu le voir au fun\u00e9rarium qu&rsquo;une semaine apr\u00e8s sa mort ! Une putain de semaine ! Une semaine pendant laquelle j&rsquo;entendais la porte s&rsquo;ouvrir en bas, comme s&rsquo;il rentrait \u00e0 la maison. Une semaine pendant laquelle je me levais \u00e0 chaque fois que j&rsquo;entendais une voiture se garer devant chez nous, pour v\u00e9rifier que ce n&rsquo;\u00e9tait pas lui. Une semaine \u00e0 dormir sur le canap\u00e9 car je ne supportais plus de voir notre chambre. Une semaine \u00e0 l&rsquo;attendre, \u00e0 ne pas y croire, \u00e0 pr\u00e9parer un enterrement qui me semblait totalement fou, d\u00e9cal\u00e9, improbable. Il y a m\u00eame eu des moments, durant cette semaine, o\u00f9 je n&rsquo;arrivais plus \u00e0 \u00eatre malheureuse, parce que je finissais par \u00eatre certaine qu&rsquo;il allait revenir. Tout cela n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une farce. Tout \u00e9tait impossible. J&rsquo;allais me r\u00e9veiller \u00e0 un moment donn\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait \u00e9vident. Ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un immonde cauchemar.<\/p>\n\n\n\n<p>   Le cerveau humain est parfois complexe. Le blocage de l&rsquo;information, de l&rsquo;acceptation, a dur\u00e9 longtemps. Lorsque, le lundi suivant, je me suis retrouv\u00e9e devant le fun\u00e9rarium, en compagnie de B., la s\u0153ur d&rsquo;Eric, j&rsquo;\u00e9tais totalement perdue dans mes \u00e9motions. J&rsquo;\u00e9prouvais une forme de h\u00e2te \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de le revoir. Je tentais de me calmer en me martelant le fait qu&rsquo;il \u00e9tait mort, que ce ne serait plus vraiment lui. J&rsquo;\u00e9tais terrifi\u00e9e par l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il puisse \u00eatre ab\u00eem\u00e9. L&#8217;employ\u00e9e des pompes fun\u00e8bres m&rsquo;avait pr\u00e9venue qu&rsquo;ils avaient d\u00fb coudre ses paupi\u00e8res et sa bouche&#8230; Je lui avais demand\u00e9 si \u00e7a se verrait, elle m&rsquo;avait r\u00e9pondu que oui. Une r\u00e9ponse aujourd&rsquo;hui incompr\u00e9hensible pour moi car j&rsquo;ai pass\u00e9 des jours \u00e0 imaginer quelque chose d&rsquo;horrible en mode films d&rsquo;horreur. Alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, si on ne le sait pas, \u00e7a ne se voit juste pas le moins du monde. D&rsquo;ailleurs, je ne l&rsquo;ai pas dit \u00e0 mes enfants et ils ne m&rsquo;ont pos\u00e9 aucune question. Je ne crois pas qu&rsquo;ils s&rsquo;en soient rendu compte.<\/p>\n\n\n\n<p>   Pour le reste, mes souvenirs sont extr\u00eamement flous, voire totalement inaccessibles. Je pense que je me souviendrai toute ma vie du code d&rsquo;acc\u00e8s au fun\u00e9rarium, mais j&rsquo;ai presque int\u00e9gralement oubli\u00e9 les jours et semaines qui sont suivi sa mort et son enterrement. Ce ne sont que des bribes qui me reviennent, parfois sans que je m&rsquo;y attende :<\/p>\n\n\n\n<p>   A., six ans, qui me parle face au corps froid de son p\u00e8re. \u00ab Papa ne reviendra pas, maman&nbsp;? Il ne peut plus se r\u00e9veiller&nbsp;? Il ne dormira plus avec toi&nbsp;? Il ne dansera plus avec toi&nbsp;? \u00bb Moi, effondr\u00e9e, qui lui r\u00e9p\u00e9tais en boucle que non, car il \u00e9tait mort. Et B., ma belle-s\u0153ur, qui pleurait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, sans savoir quoi ajouter non plus.<\/p>\n\n\n\n<p>   L&rsquo;ami qui, dehors, jouait avec C., huit ans, qui n&rsquo;a pas voulu rester dans le fun\u00e9rarium.<\/p>\n\n\n\n<p>   Le choix du cercueil, dans la m\u00eame entreprise de pompes fun\u00e8bres que pour notre fille, mais cette fois j&rsquo;\u00e9tais toute seule. Ces dates, marqu\u00e9es noir sur blanc, comme une gifle suppl\u00e9mentaire : Eric B. 1982-2021. Ma respiration qui se coupe, l&#8217;employ\u00e9e des pompes fun\u00e8bres qui dissimule ses larmes.<\/p>\n\n\n\n<p>  Ses coll\u00e8gues, qui m&rsquo;ont expliqu\u00e9 ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9. Je me souviens des yeux tr\u00e8s bleus de l&rsquo;un d&rsquo;eux, des yeux clairs, doux, humides de larmes durant tout l&rsquo;entretien. Chaque mot qu&rsquo;il pronon\u00e7ait semblait lui faire mal, il parlait peu, expliquait succinctement ce qui s&rsquo;\u00e9tait produit : comment il avait vu le car arr\u00eat\u00e9, comment il s&rsquo;\u00e9tait lui-m\u00eame gar\u00e9 pour aller voir ce qui se passait, comment il avait trouv\u00e9 Eric, inconscient au volant, comment il avait appel\u00e9 les pompiers, tir\u00e9 Eric pour l&rsquo;allonger au sol, mis en position lat\u00e9rale de s\u00e9curit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il cesse de respirer, comment il avait alors entam\u00e9 des man\u0153uvres de r\u00e9animation tandis que les pompiers envoyaient un camion, appelaient le Samu. Je me souviens de la voiture d&rsquo;Eric qui \u00e9tait gar\u00e9e sur le parking de l&rsquo;entreprise, les fen\u00eatres l\u00e9g\u00e8rement ouvertes \u00e0 cause de la chaleur. Je ne pouvais pas la r\u00e9cup\u00e9rer car les effets personnels d&rsquo;Eric \u00e9taient bloqu\u00e9s par l&rsquo;obstacle m\u00e9dico-l\u00e9gal pos\u00e9 par le procureur. Alors, ses coll\u00e8gues ont install\u00e9 des protections sur ses fen\u00eatres pour qu&rsquo;en cas de pluie, l&rsquo;int\u00e9rieur de la voiture ne soit pas ab\u00eem\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>   A tout ces gens, merci&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  L&rsquo;audition \u00e0 la gendarmerie, l&rsquo;adjudant qui m&rsquo;a re\u00e7ue avec compassion, compr\u00e9hension, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que, probablement, il re\u00e7oive des ordres contraires et refuse de me reprendre au t\u00e9l\u00e9phone. Ses coll\u00e8gues qui me confiaient qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient jamais vu autant de morts sur la voie publique et de d\u00e9c\u00e8s soudains. Ces t\u00e9moignages-l\u00e0, o\u00f9 sont-ils aujourd&rsquo;hui&nbsp;? Plus personne n&rsquo;a accept\u00e9 de me parler au bout de quelques semaines seulement.<\/p>\n\n\n\n<p>   Je me souviens de la mise en bi\u00e8re, le jour de l&rsquo;enterrement. J&rsquo;\u00e9tais malade de douleur, de chagrin, je ne mangeais plus, ne dormais plus. Ils avaient habill\u00e9 Eric avec une chemise blanche, les cicatrices de son autopsie se voyaient en transparence. Un immonde V en travers de sa poitrine, digne des plus clich\u00e9es des s\u00e9ries polici\u00e8res. Ses cheveux qu&rsquo;ils avaient coiff\u00e9s, alors qu&rsquo;il d\u00e9testait \u00e7a. Je l&rsquo;ai d\u00e9coiff\u00e9 d&rsquo;un geste de la main avant qu&rsquo;ils ne ferment son cercueil. Je l&rsquo;ai embrass\u00e9 une derni\u00e8re fois. La texture froide, rigide, de sa peau, l&rsquo;odeur de la mort en d\u00e9pit du parfum d&rsquo;ambiance affreux diffus\u00e9 dans le fun\u00e9rarium. Aujourd&rsquo;hui encore, il m&rsquo;arrive de sentir ce parfum, au point d&rsquo;en avoir la naus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>   Il y avait beaucoup de monde \u00e0 son enterrement, mais je ne me souviens pas de grand chose hormis d&rsquo;avoir pleur\u00e9. Pleur\u00e9, pleur\u00e9, pleur\u00e9. A ce moment-l\u00e0 encore, je me raccrochais \u00e0 l&rsquo;espoir fou que t\u00f4t ou tard, la lumi\u00e8re serait faite sur tout \u00e7a. Que ce n&rsquo;\u00e9tait pas possible que les m\u00e9dias refusent de relayer ce genre d&rsquo;informations, que la pharmacovigilance allait forc\u00e9ment r\u00e9agir, que le gouvernement serait oblig\u00e9 d&rsquo;ouvrir les yeux. Je me disais qu&rsquo;il suffisait que les gens entendent notre histoire pour qu&rsquo;ils se mobilisent et r\u00e9agissent. Quelle na\u00efvet\u00e9 ! Alors que sur l&rsquo;avis de d\u00e9c\u00e8s diffus\u00e9 dans le journal local, je n&rsquo;avais pas eu le droit de mentionner sa vaccination&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Le lendemain de son enterrement, je suis all\u00e9e \u00e0 une manifestation anti pass-sanitaire. Il y avait un journaliste de la Montagne qui \u00e9tait pr\u00e9sent. Je suis all\u00e9e le voir mais il a refus\u00e9 de m&rsquo;\u00e9couter, refus\u00e9 m\u00eame de me regarder. Un autre type, qui avait entendu mon t\u00e9moignage, a insist\u00e9, lui a demand\u00e9 pourquoi il refusait de publier des t\u00e9moignages puisque c&rsquo;\u00e9tait ce qu&rsquo;il recherchait, et le journaliste, toujours sans me regarder, a r\u00e9torqu\u00e9 : \u00ab son histoire est inv\u00e9rifiable, elle pourrait raconter n&rsquo;importe quoi ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>  Il faut bien comprendre qu&rsquo;\u00e0 ce moment-l\u00e0, on n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement les ressources pour se battre. Chaque seconde \u00e9tait pire que la pr\u00e9c\u00e9dente, chaque respiration \u00e9tait br\u00fblante, chaque battement de c\u0153ur, une violence. Je m&rsquo;\u00e9croulais d&rsquo;\u00e9puisement pour me r\u00e9veiller cinq minutes plus tard en larmes, je ne savais plus que faire de mes enfants, de leurs besoins, de leurs mots, de leurs exigences. Il y avait tout \u00e0 la fois trop de monde et pas assez autour de moi. Je me sentais seule au milieu de la foule, je me sentais comme un morceau d&rsquo;\u00eatre humain qui se d\u00e9tachait de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle il appartenait, et que personne ne souhaitait retenir. Pire, m\u00eame, que la plupart des gens pr\u00e9f\u00e9rait voir partir afin de ne pas affronter leurs propres responsabilit\u00e9s, collectives et individuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>  Je ne me souviens plus du tout du mois d&rsquo;ao\u00fbt. Il me semble que c&rsquo;est fin ao\u00fbt que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;avocate qui allait m&rsquo;arnaquer joyeusement. Je voulais porter plainte, je voulais r\u00e9cup\u00e9rer le rapport d&rsquo;autopsie que je ne parvenais pas \u00e0 obtenir, je voulais que toute cette histoire ait un putain de sens. Je ne souhaitais pas forc\u00e9ment qu&rsquo;on me conforte dans l&rsquo;id\u00e9e que c&rsquo;\u00e9tait le vaccin qui l&rsquo;avait tu\u00e9, mais je voulais que des recherches scientifiques soient faites, je voulais m&rsquo;assurer qu&rsquo;il entre bien dans les statistiques de la pharmacovigilances. Je n&rsquo;en revenais pas de constater \u00e0 quel point, alors que le sujet \u00e9tait majeur, les d\u00e9cisions \u00e9taient prises avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, sans scrupules, sans concertation, par des gens qui n&rsquo;avaient jamais rencontr\u00e9 la famille, et qui n&rsquo;auraient jamais aucun compte \u00e0 rendre. C&rsquo;\u00e9tait \u00e9c\u0153urant.<\/p>\n\n\n\n<p>   Bien entendu, j&rsquo;\u00e9tais bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 ne surtout pas subir cette injection, ni moi ni mes enfants. Si mon m\u00e9decin traitant a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s compr\u00e9hensive, elle s&rsquo;est cependant heurt\u00e9e aux limites de la loi, d&rsquo;une coercition sans bornes : aucun certificat de contre-indication n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9livrable, \u00e0 moins de r\u00e9unir un coll\u00e8ge d&rsquo;experts qui statuerait sur notre balance b\u00e9n\u00e9fice\/risque d\u00e9favorable. Ce coll\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni gr\u00e2ce au g\u00e9n\u00e9ticien qui \u00e9tudiait le cas de notre fille, morte d&rsquo;un arr\u00eat cardiaque onze ans plus t\u00f4t, mais il a refus\u00e9 de se mouiller et de statuer. De toute fa\u00e7on, aucune mauvaise r\u00e9ponse n&rsquo;\u00e9tait possible : en l&rsquo;absence de maladie grave, la vaccination \u00e9tait recommand\u00e9e, et en pr\u00e9sence d&rsquo;une maladie grave, la vaccination \u00e9tait recommand\u00e9e. Pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>  J&rsquo;ai \u00e9galement \u00e9crit au pr\u00e9sident. Je n&rsquo;esp\u00e9rais pas grand chose, mais j&rsquo;avais besoin qu&rsquo;en haut-lieu, quelqu&rsquo;un le sache. Je voulais pouvoir me dire que quoiqu&rsquo;il advienne, j&rsquo;aurais au moins essay\u00e9 de pr\u00e9venir, d&rsquo;alerter. Une r\u00e9ponse m&rsquo;est parvenue quelques semaines plus tard, du cabinet d&rsquo;Emmanuel Macron, invoquant la s\u00e9paration des pouvoirs et m&rsquo;expliquant que le cas de mon mari relevait du minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et de celui de la Justice. Mon t\u00e9moignage leur a \u00e9t\u00e9 transmis. Quelques semaines de plus ont permis au cabinet d&rsquo;Olivier V\u00e9ran de m&rsquo;envoyer une lettre courte et d\u00e9sesp\u00e9rante de formules ineptes, me promettant de \u00ab transmettre le dossier \u00bb, mais sans pr\u00e9ciser vers qui, ni pour quoi. Plus aucune nouvelle de leur part par la suite. Quant au garde des Sceaux, il ne s&rsquo;est pas manifest\u00e9, ni par le biais de son cabinet ni personnellement. Quoi de plus normal, apr\u00e8s tout, de la part de monsieur Dupond-Moretti, qui pr\u00f4ne une justice devant se tenir au plus loin des \u00e9motions humaines. Apparemment, on peut confondre l&rsquo;impartialit\u00e9 et l&rsquo;inhumanit\u00e9 et \u00eatre tout de m\u00eame ministre de la justice&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Je me suis rapproch\u00e9e du collectif Verity France, qui a t\u00e9moign\u00e9 de plusieurs d\u00e9c\u00e8s suspects qui, comme pour Eric, ont \u00e9t\u00e9 soit pass\u00e9s sous silence par les m\u00e9dias, soit d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9s, ridiculis\u00e9s, critiqu\u00e9s, et pour finir, invisibilis\u00e9s. Qui se souvient encore aujourd&rsquo;hui de Maxime, de Fr\u00e9d\u00e9ric, de Sofia&nbsp;? Ils sont tous morts dans les heures qui ont suivi leur vaccination. Ils avaient 22 ans, 39 ans, 16 ans&#8230; Et comme pour Eric, aucun rapport d&rsquo;autopsie ne se mouillera \u00e0 une conclusion d\u00e9cisive, sauf pour mettre en avant des probl\u00e8mes pr\u00e9-existants. Ainsi, il semblerait que la prise d&rsquo;un m\u00e9dicament anodin ou des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;allergie soient suffisants pour \u00e9carter avec une certitude absolue et parfaitement scientifique l&rsquo;incidence du vaccin sur les d\u00e9c\u00e8s soudains de ces personnes, pourtant jeunes et en parfaite sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>  Fin septembre, c&rsquo;est ma belle-m\u00e8re, la maman d&rsquo;Eric, qui est brutalement d\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&rsquo;un arr\u00eat cardiaque. Pour le coup, elle avait 79 ans et venait de subir un choc consid\u00e9rable. M\u00eame si son d\u00e9c\u00e8s fut un choc, tout le monde le mit sur le compte du chagrin. Oubliant qu&rsquo;elle aussi avait \u00e9t\u00e9 vaccin\u00e9e par Pfizer&#8230; Je me souviens de l&rsquo;enterrement, dans le petit village familial du Forez. Mes \u00e9motions \u00e9taient pire que sens dessus dessous. J&rsquo;avais l&rsquo;impression atroce que tout le monde allait mourir, je vivais une fin du monde personnelle au milieu d&rsquo;un monde qui continuait d&rsquo;aller au cin\u00e9ma, de danser, d&rsquo;aller au restaurant, et crachait un m\u00e9pris sans nom sur ceux qui refusaient de se faire vacciner. Ma col\u00e8re n&rsquo;avait d&rsquo;\u00e9gal que mon impuissance, et je me contentais de serrer les dents, de ne plus \u00e9couter les infos, de ne plus acheter les journaux. Ostracis\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, mon fils a\u00een\u00e9 a d\u00fb renoncer \u00e0 des stages, \u00e0 des sorties scolaires, sans aucune compassion de la part de ses professeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>   C&rsquo;est \u00e0 la mi-novembre, alors que mon avocate me baladait toujours, n&rsquo;obtenant pas le rapport d&rsquo;autopsie en d\u00e9pit des cinq cents euros que je lui avais vers\u00e9s, parlant de faire un dossier amiable aupr\u00e8s de l&rsquo;Oniam, organisme cens\u00e9 d\u00e9dommager les victimes et ayant-droits de victimes d&rsquo;accidents m\u00e9dicaux \u2013 alors que ce que je voulais, c&rsquo;\u00e9tait une vraie action en justice \u2013 que, encourag\u00e9e par un ami, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de faire une demande de logement social et de d\u00e9m\u00e9nager. Cette maison, dans laquelle nous avions v\u00e9cu durant dix ans, me rongeait litt\u00e9ralement. Ses affaires, que j&rsquo;avais laiss\u00e9es \u00e0 leur place dans l&rsquo;armoire, le lit dans lequel je peinais \u00e0 dormir, tous les bruits qui me rappelaient sans cesse qu&rsquo;il ne reviendrait jamais&#8230; Tout me bloquait. Je pensais que \u00e7a prendrait du temps, et finalement, j&rsquo;ai eu une r\u00e9ponse positive tr\u00e8s rapidement et d\u00e9but d\u00e9cembre, je savais que j&rsquo;allais d\u00e9m\u00e9nager.<\/p>\n\n\n\n<p>   Durant des semaines, je ne me suis plus consacr\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 \u00e7a : trier, jeter, ranger, trier, jeter, ranger. Un grand m\u00e9nage qui m&rsquo;a permis d&rsquo;envisager un peu l&rsquo;apr\u00e8s. Pour la premi\u00e8re fois, je faisais quelque chose qui m&rsquo;entra\u00eenait vers une r\u00e9silience. <br><\/p>\n\n\n\n<p>  A cette m\u00eame p\u00e9riode, j&rsquo;ai personnellement adress\u00e9 une demande \u00e0 la greffi\u00e8re du tribunal de Clermont-Ferrand pour obtenir copie du rapport d&rsquo;autopsie d&rsquo;Eric. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 mon m\u00e9decin traitant, mal \u00e0 l&rsquo;aise \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de ne toujours pas savoir ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 avec son patient, que j&rsquo;ai pu, enfin, mi d\u00e9cembre, obtenir ce fameux rapport d&rsquo;autopsie. Pendant ce temps-l\u00e0, mon avocate glandait avec mes cinq cents euros qu&rsquo;elle m&rsquo;avait sous-tir\u00e9s&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Le rapport d&rsquo;autopsie faisait \u00e9tat d&rsquo;un arr\u00eat cardiaque soudain. Si soudain qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de dire s&rsquo;il \u00e9tait la cons\u00e9quence d&rsquo;un infarctus ou d&rsquo;une arythmie. Des anticorps \u00ab anti-h\u00e9parine \u00bb, retrouv\u00e9s chez les patients ayant fait des thromboses, ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s chez lui, mais le m\u00e9decin l\u00e9giste a d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas eu d&rsquo;incidence sur sa mort. Je n&rsquo;ai aucun moyen de v\u00e9rifier l&rsquo;objectivit\u00e9 scientifique de cette assertion. L\u00e0 encore, c&rsquo;est pratique&#8230; La conclusion \u00e9tait la suivante : il est impossible d&rsquo;\u00e9tablir un lien certain avec le vaccin. Dans le doute, le vaccin est innocent&#8230; Le principe de pr\u00e9caution n&rsquo;existe donc plus.<\/p>\n\n\n\n<p>  De son c\u00f4t\u00e9, ma belle-s\u0153ur, pharmacienne, faisait des recherches de pharmacovigilance. Elle a appris que le dossier de son fr\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 class\u00e9 sans suite par les m\u00e9decins de la veille sanitaire, arguant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un patient avec un \u00ab contexte familial alt\u00e9r\u00e9 \u00bb. De mani\u00e8re parfaitement inf\u00e2me, ils sont all\u00e9s chercher le dossier de notre fille, morte en 2010, pour justifier la mort de son p\u00e8re et ne surtout pas remettre en cause le vaccin ! Et quoiqu&rsquo;il en soit, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;av\u00e9rait qu&rsquo;une fragilit\u00e9 cardiaque touche vraiment la famille, comment passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une \u00e9ventuelle contre-indication&nbsp;?! D&rsquo;autant plus que les cas de myocardites, qui explosaient litt\u00e9ralement \u00e0 ce moment-l\u00e0, ont depuis \u00e9t\u00e9 reconnus comme effets secondaires du vaccin ! Comment passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un possible effet l\u00e9tal sur mes enfants, et sur d&rsquo;autres personnes qui porteraient des fragilit\u00e9s similaires&nbsp;? Qui prend de telles d\u00e9cisions, et surtout, qui les assume&nbsp;?! Si mes enfants avaient finalement d\u00e9cid\u00e9 de se faire vacciner et \u00e9taient morts, qui aurait \u00e9t\u00e9 responsable&nbsp;? Comment est-ce possible qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, une telle dilution des responsabilit\u00e9s existe, au point que n&rsquo;importe quel avis peut \u00eatre rendu sur n&rsquo;importe quoi, faisant courir des risques vitaux, majeurs, \u00e0 un nombre certains de gens, sans que quiconque ne puisse \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 de quoi que ce soit?!<\/p>\n\n\n\n<p>  De fait, en d\u00e9pit du signalement et des doutes plus que persistants, Eric a \u00e9t\u00e9 exclu des chiffres des effets secondaires potentiels graves du vaccin. La potentialit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;incidence du vaccin sur sa mort a donc \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e, emp\u00eachant par la m\u00eame occasion toute recherche ult\u00e9rieure, ce qui repr\u00e9sente une faute majeure et un mensonge suppl\u00e9mentaire quant aux promesses de surveillance \u00e9troite des effets de la vaccination.<\/p>\n\n\n\n<p>  Encore une fois, je le r\u00e9p\u00e8te, et je le r\u00e9p\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque : je ne cherche pas \u00e0 ce que le vaccin soit absolument responsable de la mort de mon mari. Mais tant qu&rsquo;aucune recherche scientifique n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 faite, tant que les victimes potentielles du vaccin resteront invisibilis\u00e9es, j&rsquo;estimerais que le travail de veille sanitaire n&rsquo;est pas fait, et que la mort de mon mari est potentiellement due au vaccin. Ce que je veux, ce sont des r\u00e9ponses, ou au moins, une consid\u00e9ration, une reconnaissance, et des recherches. Objectives et libres de tout conflit d&rsquo;int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>  Mi-janvier, j&rsquo;ai enfin d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans la ville d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Par la m\u00eame occasion, j&rsquo;ai eu le Covid. Mon avocate, \u00e0 qui j&rsquo;ai demand\u00e9 des comptes pour ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 obtenir le rapport d&rsquo;autopsie que j&rsquo;avais pu obtenir en quinze jours sur simple lettre recommand\u00e9e, me r\u00e9clame cinq cents euros de plus pour l&rsquo;ouverture du dossier \u00e0 l&rsquo;Oniam. Je laisse ses lettres de relance envahir ma corbeille. Hors de question que je paye un euro de plus \u00e0 cette voleuse, qui n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 gruger la veuve et l&rsquo;orphelin ! Comment se voient-ils dans un miroir, ces gens-l\u00e0&nbsp;? Ils se donnent la main avec les m\u00e9decins de la pharmacovigilance, ma parole ! En attendant, je n&rsquo;ai plus d&rsquo;avocat et plus foi en personne. Je ne sais plus vers qui me tourner. Je n&rsquo;ose contacter qui que ce soit, de peur d&rsquo;avoir encore \u00e0 sortir des sommes astronomiques pour rien. Les r\u00e9cup\u00e9rations politiques m&rsquo;inqui\u00e8tent \u00e9galement, de m\u00eame que la d\u00e9cr\u00e9dibilisation constante du gouvernement qui m&rsquo;exasp\u00e8re. Je suis \u00e0 bout de forces.<\/p>\n\n\n\n<p>  Mais le fait d&rsquo;avoir attrap\u00e9 le Covid m&rsquo;offre au moins un fichu pass sanitaire. Je peux retourner au restaurant, refaire de la danse. Je retrouve des amis. \u00c7a fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<p>  Pour autant, survivre n&rsquo;est pas une \u00e9vidence. Avoir enfin rencontr\u00e9 cette fichue maladie dont on nous parle depuis si longtemps, ce n&rsquo;est curieusement pas anodin pour moi. Je n&rsquo;ai pas honte d&rsquo;avouer le fait que j&rsquo;ai esp\u00e9r\u00e9 en mourir, que j&rsquo;ai esp\u00e9r\u00e9 que ce truc serait vraiment atroce, qu&rsquo;il me mettrait \u00e0 terre. Il n&rsquo;en fut rien. J&rsquo;ai eu une grippe, voil\u00e0 tout, une grippe que mon \u00e9tat d\u00e9pressif d\u00fb \u00e0 la mort de mon mari a un peu aggrav\u00e9e. Gu\u00e9rir du Covid, paradoxalement, fut l&rsquo;ultime trahison que la vie me fit, fit \u00e0 Eric, et la sensation, tout au fond de moi, que d\u00e9cid\u00e9ment, nos gouvernants s&rsquo;\u00e9taient sans doute un peu emball\u00e9s, et que les cons\u00e9quences hospitali\u00e8res du Covid \u00e9tait peut-\u00eatre beaucoup plus une question de politique de sant\u00e9 publique, avec la fermeture de nombreux lits, la r\u00e9duction du personnel, la non valorisation des salaires, le manque d&rsquo;attractivit\u00e9 des m\u00e9tiers, la non reconnaissance \u00e9tatique, le glissement vers le priv\u00e9, et ainsi de suite. Bien s\u00fbr, je ne nie pas les morts qu&rsquo;il y a eu, et je ne me permettrais pas d&rsquo;\u00e9tablir des statistiques empiriques, ni de m&rsquo;enfoncer dans un covido-scepticisme bien confortable. Mais il me semble que toutes les vies humaines devraient avoir la m\u00eame importance, et il y a quelque chose que je ne comprends pas : pourquoi les morts du Covid semblent avoir eu plus d&rsquo;importance que les morts du vaccin&nbsp;? Pourquoi, quand quelqu&rsquo;un faisait un arr\u00eat cardiaque apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 test\u00e9 positif au Covid, on le d\u00e9clarait mort du Covid, alors qu&rsquo;un homme de trente-huit ans, en pleine sant\u00e9, qui fait un arr\u00eat cardiaque cinq heures apr\u00e8s l&rsquo;administration du vaccin n&rsquo;est pas mort du vaccin&nbsp;? Pourquoi toute la nation s&rsquo;est soud\u00e9e dans un formidable \u00e9lan de solidarit\u00e9 pour \u00e9viter la propagation d&rsquo;une maladie \u00e0 la l\u00e9talit\u00e9 peu \u00e9lev\u00e9e (c&rsquo;est tout de m\u00eame aujourd&rsquo;hui reconnu, le taux de l\u00e9talit\u00e9 officiel est de 0,5%), alors que par ailleurs, les victimes potentielles du vaccin n&rsquo;ont eu droit \u00e0 aucune consid\u00e9ration&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>   Je ne sais comment avancer dans ce t\u00e9moignage sans parler de ma peine, de ma douleur, sans parler de l&rsquo;immensit\u00e9 de ma souffrance. Sans tenter de poser des mots sur ce qui, jusqu&rsquo;ici, m&rsquo;a fait d\u00e9faut : expliquer la mort de l&rsquo;amour de ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>   Le 12 avril 2022, cela faisait pile 20 ans que nous avions \u00e9chang\u00e9 notre premier baiser, devant la patinoire dans laquelle nous \u00e9tions tous deux licenci\u00e9s, une passion commune qui nous avait rassembl\u00e9s. Le 12 avril 2022, c&rsquo;\u00e9tait aussi mes trente-quatre ans, et ce fut, avec le 26 juillet 2022, soit l&rsquo;anniversaire de sa mort, l&rsquo;un des caps les plus difficiles, les plus glauques, les plus terribles que j&rsquo;ai eu \u00e0 franchir. Ce moment de ma vie o\u00f9 une br\u00e8che s&rsquo;est ouverte, une faille ; cette sensation que j&rsquo;ai eu, soudain, que j&rsquo;avais vraiment un choix \u00e0 faire entre vivre ou mourir. Ce moment o\u00f9 rester en vie est pass\u00e9 de quelque chose de passif (me laisser simplement porter par mon c\u0153ur qui bat) \u00e0 quelque chose d&rsquo;actif (emp\u00eacher ma t\u00eate, mon c\u0153ur, mon corps de m&rsquo;auto-d\u00e9truire). J&rsquo;ai eu tant de fois envie, besoin, visc\u00e9ralement besoin, que la souffrance s&rsquo;arr\u00eate. Tant de fois envie de tout oublier, d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9e d&rsquo;une terrible amn\u00e9sie. Tant de fois la certitude que s&rsquo;il fallait en passer par la mort pour le revoir, ce n&rsquo;\u00e9tait vraiment pas un obstacle infranchissable \u00e0 mes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>   Il y a eu tant de fois o\u00f9 respirer me semblait infiniment plus difficile et violent que mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>   J&rsquo;ai tenu gr\u00e2ce \u00e0 mes amis, gr\u00e2ce \u00e0 un soutien aussi pr\u00e9sent que possible. Mais je n&rsquo;ai pas v\u00e9cu. J&rsquo;ai surv\u00e9cu. Depuis le 26 juillet 2021, je survis. Sans r\u00e9ponse, sans consid\u00e9ration, avec une rente d&rsquo;accident du travail au montant risible, qui m&rsquo;est vers\u00e9e uniquement parce qu&rsquo;il est mort au volant de son car, et que la loi, en l&rsquo;occurrence, \u00e9tait incontournable.<\/p>\n\n\n\n<p>   Je vis dans l&rsquo;angoisse d&rsquo;un retour du vaccin, dans l&rsquo;angoisse que les vaccins \u00e0 ARN messager soient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s (ce qui a l&rsquo;air de se profiler) sans savoir si c&rsquo;est la technologie de ces vaccins qui est \u00e0 l&rsquo;origine des effets secondaires graves ou si c&rsquo;est autre chose. Je n&rsquo;y connais rien, je ne me pr\u00e9tends pas m\u00e9decin ou scientifique. Je voudrais que ceux qui d\u00e9tiennent ces connaissances aient la curiosit\u00e9 scientifique de chercher les r\u00e9ponses, aient la d\u00e9ontologie qui s&rsquo;\u00e9veille.<\/p>\n\n\n\n<p>   Apr\u00e8s avoir re\u00e7u le rapport d&rsquo;autopsie, j&rsquo;ai demand\u00e9 l&rsquo;autorisation de rencontrer le m\u00e9decin l\u00e9giste qui a proc\u00e9d\u00e9, autorisation qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e. Ce m\u00e9decin nous a avou\u00e9, \u00e0 moi et \u00e0 l&rsquo;ami qui m&rsquo;accompagnait, qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de protocole sp\u00e9cifique de recherche pour les accidents post-vaccinaux, que rien n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 mis en place par l\u2019\u00c9tat. Elle nous a clairement sp\u00e9cifi\u00e9 qu&rsquo;aucune recherche ne serait enclench\u00e9e, \u00ab \u00e0 moins qu&rsquo;il y ait 100 000 morts \u00bb. Ce sont ses mots, et m\u00eame si je peux envisager le fait que ce furent des mots maladroits d&rsquo;une personne mal \u00e0 l&rsquo;aise et prise dans l&rsquo;\u00e9motion, peu habitu\u00e9e \u00e0 devoir rendre compte de son travail aux survivants de ses patients, quelque chose me souffle qu&rsquo;elle a parfaitement raison. Et que c&rsquo;est cela qui est r\u00e9voltant. Il y a eu 139 640 d\u00e9c\u00e8s imput\u00e9s au Covid en France&#8230; Aurait-il fallu qu&rsquo;il y ait autant de morts du vaccin pour qu&rsquo;on se d\u00e9cide \u00e0 ouvrir un \u0153il, \u00e0 faire notre devoir de citoyen&nbsp;? En outre, ce m\u00e9decin n&rsquo;a fait qu&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 la demande du procureur, \u00e0 savoir chercher la cause de la mort. Arr\u00eat cardiaque. Point. Le fait de chercher les causes de l&rsquo;arr\u00eat cardiaque ne figurait pas dans sa feuille de route, aussi n&rsquo;a-t-elle fait aucune analyse compl\u00e9mentaire. Sur son bureau, lorsqu&rsquo;elle m&rsquo;a re\u00e7ue, il y avait un porte-trombones estampill\u00e9 Pfizer&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>   Aujourd&rsquo;hui, qui peut nier, en voyant les r\u00e9mun\u00e9rations mirifiques des actionnaires de Pfizer, ainsi que les investissements faits, que la toute-puissante et redoutable finance n&rsquo;a pas parasit\u00e9 les prises de d\u00e9cisions gouvernementales&nbsp;? De plus en plus de livres, documentaires et t\u00e9moignages font \u00e9tat de cette r\u00e9alit\u00e9. Que faudra-t-il pour nous lever contre \u00e7a&nbsp;? Contre la rentabilit\u00e9 de la sant\u00e9 au risque d&rsquo;assassiner des gens ! Contre les \u00ab cadeaux \u00bb des laboratoires aux m\u00e9decins, contre le lobbying visant les d\u00e9put\u00e9s, contre les marges colossales, contre les clauses de d\u00e9responsabilisation&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p>  Ces r\u00e9ponses sont n\u00e9cessaires, me semble-t-il, \u00e0 la poursuite sereine d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 comme la n\u00f4tre. Ma volont\u00e9, par ce r\u00e9cit, \u00e9tait donc de t\u00e9moigner. Ni plus ni moins. D&rsquo;apporter un peu de voix, de pr\u00e9sence aux potentielles victimes du vaccin. Afin que la science s&#8217;empare enfin de cette potentialit\u00e9 et que les recherches soient men\u00e9es pour tenter avec le plus d&rsquo;objectivit\u00e9 possible, d&rsquo;\u00e9luder les nombreux myst\u00e8res qui \u00e9claboussent du sang d&rsquo;innocents, victimes directes ou indirectes, le tableau idyllique de la vaccination de masse vendu par des dirigeants aux complaisances coupables vis-\u00e0-vis des industries pharmaceutiques.<br>Il ne s&rsquo;agit pas de dire qu&rsquo;il ne faut plus vacciner, seulement d&rsquo;apporter un peu de r\u00e9alit\u00e9 humaine aux chiffres officiels, comme l&rsquo;a si longuement fait Ir\u00e8ne Frachon avec le scandale du Mediator. Il est ais\u00e9 d&rsquo;avoir de bons r\u00e9sultats lorsqu&rsquo;on efface les mauvais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>  Je ne souhaite prendre aucune position d\u00e9finitive ou absolue. Je ne suis ni m\u00e9decin, ni scientifique, ni statisticienne. Tout juste pourrais-je me pr\u00e9tendre \u00eatre un peu politique car je pense que tout.e citoyen.ne l&rsquo;est. En revanche, je suis la veuve d&rsquo;un homme de trente-huit ans qui s&rsquo;est effondr\u00e9 en pleine force de l&rsquo;\u00e2ge cinq heures apr\u00e8s sa vaccination anti-covid. Un homme dont la mort foudroyante n&rsquo;a, comme \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur possible, que cette injection. Je ne demande que deux choses : \u00eatre reconnue et que les r\u00e9ponses \u00e0 mes questions soient, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9es, au moins cherch\u00e9es. Je tiens, \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 pr\u00e9ciser pour ceux qui pensent que les r\u00e9ponses \u00e0 mes questionnements l\u00e9gitimes pourraient ne jamais \u00eatre trouv\u00e9es, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment parfaitement et scientifiquement reconnu par l&rsquo;ANSM que les cas d&rsquo;hypertension art\u00e9rielle, de myocardites et p\u00e9ricardites et de saignements menstruels importants avaient \u00e9t\u00e9 reconnus comme effets secondaires av\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>  Les r\u00e9ponses ne se trouvent probablement pas si loin et ce qui nous en s\u00e9pare n&rsquo;est apparemment pas tant une limite scientifique qu&rsquo;une volont\u00e9 politique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Merci, donc, d&rsquo;avoir lu mon histoire. Elle ne vaut pas plus que celle d&rsquo;une victime du Covid. Elle ne vaut pas moins non plus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-15\" srcset=\"https:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-768x1024.jpg 768w, https:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-225x300.jpg 225w, https:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/eric-b.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Eric-1-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Envie d&rsquo;\u00e9crire, mais je ne sais jamais par o\u00f9 commencer. Envie de raconter notre histoire, moi \u00ab l&rsquo;\u00e9crivaine \u00bb, moi qui ai toujours su manier les mots. Mais voil\u00e0, je n&rsquo;y arrive pas. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 de lire, ou d&rsquo;\u00e9crire, ces drames indicibles, ces douleurs inexprimables&#8230; Telle une enfant capricieuse qui joue avec l&rsquo;arme de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":48,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions\/48"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/eric-b.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}